




Les cahiers de doléances témoignent d’un attachement profond à la République, d’un désir de la voir renaître au plus près des vies réelles. Afin d’en faciliter la lecture, cinq grands axes ont été dégagés. Ils ne résument pas toute la richesse du corpus, mais en révèlent les résonances majeures : Bien vivre ici, Refaire société, Prendre soin du vivant, Refonder l’action publique, Retrouver confiance et espérance.
“On ne demande pas le luxe, on demande la décence.” Cahier de doléances, Corrèze.
Derrière les milliers de pages écrites dans les mairies, c’est une plainte simple et universelle qui résonne : le quotidien devient trop dur, trop cher, trop inégal. Les citoyens parlent d’argent, oui, mais surtout de dignité, de reconnaissance et de respect.
“On travaille, on compte, on se prive et pourtant on s’en sort à peine.”
Cahier de doléances, Aisne.
Les cahiers racontent une France du travail et du mérite, fatiguée d’entendre qu’elle coûte trop cher alors qu’elle ne vit plus décemment. Ils ne réclament pas l’assistanat, mais le respect du travail. Les citoyens veulent que la République tienne à nouveau sa promesse : Les propositions citoyennes appellent notamment à une économie au service de la vie :
revaloriser les petits salaires et les retraites modestes,
lutter contre la précarité et les emplois sous-payés,
favoriser les circuits économiques locaux, plutôt que la spéculation.
“Rendez-nous l’ISF, et rendez-nous la justice !” Cahier de doléances, Indre.
Mais derrière la question du revenu, c’est la justice fiscale qui revient avec force, qui est la première demande exprimée depuis les cahiers de doléances. La question fiscale n’est pas technique : elle est morale et politique. C’est la mesure même de la confiance entre le peuple et l’État. Quand la justice fiscale s’efface, la solidarité s’effondre.
Partout, les Français demandent :
“Ici, il faut vingt kilomètres pour un médecin et dix pour un pain.” Cahier de doléances, Nièvre.
Les doléances racontent un pays où l’accès à la santé, au logement et aux mobilités devient une épreuve. Elles parlent des loyers qui explosent, des maisons vides dans les villages, des services publics qui ferment les uns après les autres.
Les habitants demandent simplement :
“Ici, il faut vingt kilomètres pour un médecin et dix pour un pain.” Cahier de doléances, Nièvre.
Les doléances racontent un pays où l’accès à la santé, au logement et aux mobilités devient une épreuve. Elles parlent des loyers qui explosent, des maisons vides dans les villages, des services publics qui ferment les uns après les autres.
Les habitants demandent simplement :
“Les villages ne demandent pas la charité, ils demandent les moyens d’agir.” Cahier de doléances, Gers
Les habitants ne veulent plus dépendre de décisions venues d’ailleurs. Ils veulent pouvoir refaire société à partir de leurs territoires : réparer, cultiver, inventer ensemble. Bien vivre ici, c’est retrouver la fierté d’habiter quelque part, et la capacité de transformer ensemble son lieu de vie en ressource d’avenir.
Les propositions citoyennes appellent à :
“L’économie ne doit pas diriger la vie, elle doit la servir.” Doléances, Drôme
Les doléances invitent à un renversement : les propositions issues du corpus évoquent une économie circulaire, solidaire, écologique, fondée sur le bon sens et la coopération. Le bien vivre ici devient ainsi une boussole politique : celle d’un modèle où l’équité, la sobriété et la solidarité remplacent la logique du profit.
Elles défendent :
“On vit les uns à côté des autres, plus les uns avec les autres.” Cahier de doléances, Loir-et-Cher.
Les cahiers de doléances disent une même chose, du Nord au Sud : le lien social s’est effiloché, rongé par la solitude, la méfiance, l’accélération. Mais sous les mots de désarroi affleure une autre énergie : l’envie de renouer, de retisser, de se reconnaître à nouveau comme peuple.
“L’école devrait apprendre à vivre ensemble, pas seulement à réussir seul.”
Cahiers de doléances, Eure
Les doléances rappellent que l’école est le premier lieu du vivre-ensemble.
Les citoyens y voient non seulement un lieu d’instruction, mais une fabrique du civisme, du respect et de la solidarité. Beaucoup s’inquiètent d’un enseignement trop compétitif, trop éloigné de la vie réelle.
Les propositions citoyennes appellent à :
“On a besoin de maisons du vivre-ensemble, pas de nouveaux centres commerciaux.” Cahier de doléances, Ariège
Les citoyens parlent peu d’institutions culturelles, mais beaucoup de lieux de rencontre. Ils regrettent la disparition des fêtes de village, des bals, des cafés associatifs, des lieux où l’on débat sans se juger. Refaire société, c’est redonner des lieux et du temps à la convivialité, où la culture redevient un langage commun et la fraternité une pratique quotidienne.
Les propositions issues du corpus insistent sur :
“Sans les associations, tout s’écroulerait.” Cahier de doléances, Haute-Savoie
Les doléances saluent la force tranquille de ceux qui s’engagent — bénévoles, élus, soignants, éducateurs, pompiers, syndicalistes, voisins solidaires. Mais elles dénoncent aussi leur fatigue et leur invisibilité. Refaire société, c’est rendre visibles ceux qui tissent le quotidien et rétablir une forme d’équité symbolique : celle qui honore le service du commun autant que la réussite individuelle.
Les citoyens demandent :
“La fraternité, c’est le mot qu’on a oublié sur les frontons.” Cahier de doléances, Dordogne
Les citoyens aspirent à une société plus bienveillante, moins dure, moins fragmentée. Refaire société, c’est faire de la fraternité une politique du lien et du soin, où la dignité de chacun devient la condition de la cohésion de tous. Ils veulent retrouver la possibilité de s’entraider sans suspicion, de discuter sans se juger.
Les propositions citoyennes évoquent :
“Avant, on écoutait les saisons. Maintenant, on écoute la météo du téléphone.” Cahier de doléances, Somme.
Dans les cahiers de doléances, l’écologie n’est pas un sujet “à part”. Elle traverse tout : la santé, l’alimentation, le travail, les paysages, la vie de tous les jours. Ce n’est pas une idéologie, mais une expérience sensible et concrète. Les habitants parlent de ce qu’ils voient disparaître — les oiseaux, les haies, les mares — et de ce qu’ils veulent préserver : la beauté, la terre, la santé, la vie. Derrière la colère contre “l’écologie punitive”, on lit surtout une volonté d’agir autrement, à condition que la justice accompagne la transition.
“On ne veut pas de pesticides dans nos rivières, ni dans nos assiettes.” Cahier de doléances, Eure
Les cahiers expriment un respect profond pour les paysans et pour la terre. Mais ils dénoncent aussi les logiques économiques qui ont fragilisé le monde agricole :
prix imposés, endettement, concentration des exploitations. Prendre soin du vivant, c’est redonner valeur à ce qui nourrit — les sols, les métiers, les savoir-faire, les paysages et les liens humains.
Les propositions issues du corpus convergent :
“L’eau, c’est la vie. Elle ne doit pas être une source de profit.” Cahier de doléances, Ardèche
Dans les doléances, la question écologique est toujours liée à celle de la justice : qui profite, qui paie, qui subit ? Les biens communs deviennent ici une notion concrète, presque charnelle : c’est ce que l’on partage, ce qui ne peut être ni vendu ni abandonné. Les citoyens demandent :
“Les haies, les chemins, les arbres, c’est notre mémoire. Quand on les arrache, on arrache notre histoire.” Cahier de doléances, Saône-et-Loire.
Les citoyens expriment un attachement fort aux paysages, non pas par nostalgie, mais parce qu’ils sont la trame visible du lien entre l’humain et la nature. Ils refusent la bétonisation, l’étalement urbain, la destruction du vivant.
Les propositions évoquent :
“L’écologie n’est pas une option. C’est une manière d’aimer le monde.” Cahier de doléances, Haute-Loire
Les cahiers ne parlent pas d’écologie abstraite : ils parlent de prendre soin — du corps, des enfants, des anciens, du territoire. Cette écologie du soin appelle à une nouvelle relation au vivant : sociale, sensible et coopérative. Prendre soin du vivant, c’est aussi prendre soin du temps, redonner une valeur à la lenteur, à la transmission, à la continuité.
Les propositions citoyennes prolongent ce mouvement :
“L’État, on ne le voit plus quand on a besoin de lui, et trop quand il vient nous contrôler.” Cahier de doléances. Cantal.
Les cahiers de doléances ne rejettent pas la République : ils en réclament le retour du visage humain. Ils disent une même aspiration : un État juste, clair et présent, qui protège sans mépriser, qui accompagne sans punir.
“On ne veut pas d’un service public virtuel, on veut des gens.” Cahier de doléances, Haute-Vienne
Les doléances racontent la retraite du service public : trésoreries remplacées par des formulaires, guichets par des plateformes, visages par des écrans. Cette perte de présence humaine est vécue comme une fracture d’égalité. Refonder l’action publique, c’est redonner chair à la République.
Les citoyens réclament :
“L’argent public, on veut savoir où il va.” Cahier de doléances, Lot-et-Garonne
Les citoyens ne supportent plus l’opacité ni les privilèges. Ils réclament la transparence, l’efficacité et l’équité. Refonder l’action publique, c’est restaurer la confiance dans la dépense commune et rappeler que l’impôt, quand il est juste, unit. La justice fiscale est au cœur de cette exigence.
Les propositions convergent :
“Le maire, c’est le dernier visage de la République.” Cahier de doléances, Meuse
La colère contre les élus n’est pas un rejet du politique, mais une exigence de probité et de proximité. Les Français attendent des élus intègres, accessibles, exemplaires. Refonder l’action publique, c’est partir de cette confiance de proximité et la déployer à toutes les échelles.
Les doléances demandent :
“Les décisions se prennent trop loin, par des gens qui ne connaissent pas nos réalités.” Cahier de doléances, Aveyron
La centralisation excessive et la multiplication des strates administratives sont perçues comme une perte d’efficacité et de sens. Les citoyens veulent retrouver le pouvoir d’agir localement.
Les propositions évoquent :
“Nous ne voulons pas d’un État fort, mais d’un État juste.” Cahier de doléances, Somme
Les doléances appellent à un nouvel équilibre entre autorité et confiance.
L’État doit devenir un partenaire des territoires, non un surplomb. Refonder l’action publique, c’est transformer la verticalité en coopération, la défiance en confiance active. Cela suppose :
“La démocratie, ce n’est pas un événement tous les cinq ans, c’est une pratique de tous les jours.” Cahier de doléances, Vienne
Beaucoup de doléances ne se contentent plus du vote : elles réclament une démocratie vivante et permanente. Les propositions issues du corpus appellent à :
“La sécurité, c’est pouvoir dormir tranquille et se parler sans crainte.” Cahier de doléances, Oise
Les cahiers parlent peu de “sécurité” au sens policier, mais beaucoup de tranquillité. Ce que les habitants demandent, c’est une paix sociale retrouvée : moins de tension, moins d’incivilité, moins de mépris. La question migratoire, rarement évoquée, est abordée avec mesure et humanité : accueillir dignement, réguler avec clarté, éviter les amalgames. Ainsi, le mot central n’est pas “sécurité”, mais tranquillité : celle d’une société où chacun se sent respecté et protégé.
Ils expriment :
“Nous n’avons pas perdu la foi en la France, nous avons perdu la France qui croyait en nous.” Cahier de doléances, Nord
Après la fatigue du quotidien et la perte de repères, les cahiers révèlent une attente commune : retrouver la confiance, et avec elle, la possibilité d’espérer. Les Français ne demandent pas seulement des réformes : ils demandent un récit commun, une perspective qui les relie à nouveau.
“La République, on y tient. Mais on ne la reconnaît plus.” Cahier de doléances, Marne
Les doléances ne rejettent pas les valeurs républicaines. Au contraire, elles demandent qu’elles redeviennent visibles et vécues. Les citoyens souhaitent une République accessible, équitable, proche. Retrouver confiance, c’est ramener la République à hauteur de citoyennes et citoyens, dans les décisions, les regards, les lieux où la vie s’organise.
Les propositions citoyennes appellent à :
“Les jeunes n’y croient plus. Les vieux ne s’y retrouvent plus.” Cahier de doléances, Tarn
Les doléances disent un décrochage générationnel : une jeunesse inquiète, un monde adulte désabusé, des anciens qui se sentent inutiles. Mais elles portent aussi un désir de transmission : apprendre des anciens, écouter les jeunes, partager le savoir et l’expérience. Retrouver confiance, c’est reconstruire des ponts entre âges et expériences, faire de la transmission une aventure commune.
Les propositions citoyennes insistent sur :
“On voudrait juste pouvoir se dire que demain ira mieux.” Cahier de doléances, Doubs.
Les citoyens ne croient plus aux promesses creuses, mais ils croient encore en la vie, en la justice, en la solidarité. Leurs doléances ne sont pas des plaintes : ce sont des projets d’espérance. Réenchanter le futur, c’est retrouver la fierté d’agir ensemble, de croire à la possibilité d’une vie bonne, juste et partagée. Les propositions citoyennes appellent à :
“La confiance, ça ne se décrète pas, ça se pratique.” Cahier de doléances, Landes
Les doléances témoignent d’une immense envie de participer : les citoyens veulent être associés, pas seulement consultés. Ils réclament un pouvoir d’agir réel, non symbolique. Retrouver confiance et espérance, c’est passer de la protestation à la participation, et de la méfiance à la responsabilité partagée.
Les propositions convergent vers une démocratie coopérative :